The Blue Butter Pot

« Tu veux construire des murs, on veut nourrir les peuples / Tu veux accumuler ton argent, on veut tout dépenser … » Chante Ray (en anglais dans le texte)

En 2015, le duo enregistre un premier EP. En 2016, l’album If The Wind suit, avec une forte identité visuelle et sonore et des morceaux aux paroles imagées embarquant l’auditeur dans des films étranges aux tons sépia. Trois ans plus tard avec Let Them Talk, le binôme a franchi un cap. Comme le nouveau LP, il est mixé et masterisé par Jim Diamond (The White Stripes, The Dirtbombs, The Legendary Tigerman, etc.), qui a compris ce que veut le duo : un son punchy, flirtant avec le rouge.

Ne vous fiez pas au Blue de leur nom. Ces possédés ne jouent pas que la musique du diable, même si on la retrouve en grille d’accords ou en esprit sur bon nombre de leurs titres. A la ques- tion des influences communes, Ray et Oliv citent Led Zeppelin. L’image cabossée de ce vieux briscard de Seasick Steve plane aussi sur eux. Et Jack White est invoqué pour son côté seventies et son amour du son brut.

L’inspiration, comme le nom du groupe, sont de l’ordre du spontané. Le duo compose en studio en jammant. Pareil pour les paroles, au risque de déprimer les angoissés de la page blanche. « Je note tout dans un carnet. J’ai des bouts de phrases plein les poches. Cette fois, elles ont été écrites sur la musique, puis on a construit une histoire. » Et en ces temps où l’horizon a rétréci, c’est bon d’écouter ces histoires où accros d’écran, bûcheron solitaire, clients d’un speakeasy ou un certain Mr Painkiller se croisent sans jamais se rencontrer.

Né par hasard, The Blue Butter Pot est un duo formé par Ray (chant, guitare) et Oliv (batterie). Si on ignore quand ils ont fait une rencontre diabolique au crossroad, ils ont déjà joué ensemble dans un groupe de fusion au début des années 2000. De leur avis, ce troisième album est « un peu plus engagé et pragmatique que les précédents. » Mais c’est tout ce qui a changé, car sur le fond, affirment-ils : « On aime le vieux son à la sauce plus récente. Surtout pas d’électro ! »

Avec Jim Diamond aux manettes, Jewels & Glory est garanti sans bidouillage de synthèse, mais avec de la cloche à vache çà et là, des allers et retours entre rock musclé et blues sale comme on aime, des incursions dans le funk ou la bande-son d’un Sergio Leone avec Ray et Oliv dans les rôles principaux, entouré d’un beau casting de guests. Comme les précédents, il a été auto-financé, avec un plafond de cagnotte vite pulvérisé… voilà ce que c’est de fidéliser un public grâce à une soixantaine de concerts par an. Il y a des hymnes à l’amitié dans des rades clandestins. Des paroles grinçantes sur un monde qui ne tourne plus rond. Voire carrément osées lorsque The Blue Butter Pot prouve qu’on peut encore tout dire en chanson, à condition de jouer sur le registre grivois et tout en double sens du dirty blues.

On ne sait pas encore à quoi ressemblera le monde d’après. Mais on a envie d’avoir pour BO de nos futures aventures ce son organique, intemporel et puissant, cette voix riche comme un vieux whisky et ces morceaux truffés de références que The Blue Butter Pot s’est appropriés avec une sacrée élégance.

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